Dur début d’année pour les ONG

Sanctionnée par le parlement, la Fédération genevoise de coopération doit réduire son aide aux populations du Sud. A moins qu’associations et députés ne renouent le dialogue.

 

Faudra-t-il refuser des projets pour la scolarisation au Guatemala, freiner un programme d’autonomie alimentaire au Burundi ou mettre de côté la mise en place d’une campagne de lutte contre le VIH-SIDA au Cameroun? C’est à ce genre de dilemme que va être confrontée la Fédération genevoise de coopération (FGC), qui regroupe 63 associations actives dans l’aide au développement et la sensibilisation aux problèmes Nord-Sud. La coupe de 500 000 francs dans la subvention annuelle accordée à la FGC sur la période 2013-2016, votée il y a quinze jours par le Grand Conseil1, aura en effet des répercussions directes pour les bénéficiaires des projets, assure l’organisation.

 

L’intention de réduire les fonds alloués à la FGC remonte à début 2013 et émane des rangs du Parti libéral-radical. La proposition avait alors été refusée par le parlement, provoquant un soupir de soulagement des associations genevoises. Ces dernières avaient toutefois réagi en déposant une pétition demandant à ce que l’Etat de Genève respecte sa propre loi en allouant 0,7% de son budget de fonctionnement à la coopération au développement, au lieu de seulement 0,2% actuellement.

 

La société civile n’a donc pas été écoutée et les députés ont finalement réduit l’enveloppe dédiée à la FGC. Le point avec Maribel Rodriguez, sa nouvelle secrétaire générale.

 

Quelles seront les conséquences concrètes de ces coupes?

 

Maribel Rodriguez: Nous n’anticipons pas de grands changements pour notre structure administrative car le travail de la FGC repose sur l’engagement de nombreux d’experts bénévoles, dans toutes ces instances. Nous avons un tout petit secrétariat de 5,5 postes salariés. Nous travaillons avec des frais de fonctionnement minimum, soit moins de 10% de notre budget, un ratio en dessous des pratiques dans le secteur de la coopération. Les conséquences se feront en revanche malheureusement sentir sur les projets concrets en faveur des plus démunis. Nous pourrons financer moins d’activités dans moins de pays. C’est d’autant plus grave que nous devrons couper dans les nouveaux projets qui sont, je le rappelle, mis en œuvre par la société civile directement auprès des bénéficiaires. Nous essayerons de trouver d’autres fonds auprès de bailleurs publics et privés pour combler ce vide.

 

Interprétez-vous ce vote comme une remise en cause de la coopération internationale mise en place par la société civile? Certains députés ont dit qu’il valait mieux aider les gens ici à Genève plutôt qu’ailleurs dans le monde...

 

Non, nous pensons qu’il s’agit vraiment d’un malentendu qui découle du fonctionnement même de l’administration cantonale. Nombre de députés ont fondé leur décision sur un supposé manque d’informations transmises par la FGC aux autorités (lire ci-dessous, ndlr). On regrette que ces élus ignorent que tous les rapports que nous produisons, les audits et les évaluations sont soumis au Bureau de la solidarité internationale du canton. C’est d’ailleurs une obligation qui nous est faite.

 

Nous ne pouvons pas transmettre directement ces documents aux députés. Nous devons passer par l’administration que les élus ont eux-mêmes créée pour assurer le suivi des différents contrats de prestation. On ne peut parler en aucun cas d’opacité, bien au contraire.Même si certains députés sont particulièrement soucieux des besoins sociaux à Genève, il ne s’agit pas d’opposer les pauvres d’ici et d’ailleurs. Ces mêmes députés sont aussi conscients que la coopération contribue au prestige de Genève par son insertion dans un système de valeurs internationales basées sur les droits humains et le développement durable. Et comme ils le savent aussi, cette image de Genève se traduit en retombées économiques non négligeables pour le canton.

 

Ces arguments relatifs à l’opacité de la FGC ne sont-ils pas plutôt un prétexte?

 

On peut être tenté de faire cette lecture, mais le budget du canton alloué à la solidarité internationale n’a pas été réduit. En principe, la somme retirée à la FGC devrait rester dans l’enveloppe globale dédiée à ce domaine, ceci devra nous être confirmé.

 

Certains élus estiment que la FGC est «politisée», pour ne pas dire à gauche...

 

Oui, et c’est tout à fait inexact. Notre travail n’a aucune orientation ni couleur politique. Nos associations membres sont d’ailleurs très diverses, de droite comme de gauche, des organisations confessionnelles aussi. L’appartenance politique n’est aucunement un critère d’adhésion à la Fédération. La FGC est pluraliste, mais n’est pas perçue comme telle.Des stéréotypes à propos de la FGC se sont installés. Nous y avons notre part de responsabilité. Nous n’avons pas toujours su communiquer d’une façon appropriée. Nous allons corriger cet aspect.

 

Pouvez-vous rappeler en deux mots le rôle de la FGC?

 

Nous jouons le rôle d’interface entre nos 63 associations membres et les collectivités publiques, le canton, les communes, la Ville de Genève et la Confédération. Nous mobilisons des ressources publiques pour elles et nous les épaulons dans leur rôle de sensibilisation de la société civile genevoise. Cela permet à ses dernières de concentrer leurs efforts sur les activités de terrain, la formulation de projets et le suivi. Les exécutions se font dans les règles de l’art et atteignent les résultats prévus. En même temps, la FGC a pour mission de soutenir les pouvoirs publics dans la mise en œuvre de leur politique de coopération au développement.

 

Avez-vous l’espoir que le Grand Conseil revienne sur sa décision pour les années 2015-2016?

 

J’espère que ce n’est effectivement pas perdu jusqu’en 2016. Nous allons demander une correction au parlement. Nous devons replacer cet événement dans le long terme. Notre collaboration avec le canton date d’une cinquantaine d’années, nous savons que cette alliance vaut la peine et que nous devons dissiper ces malentendus. Nous ne resterons pas sur un constat d’échec.

 

 

 

François Longchamp désavoue les députés

 

PLRPerdre 500 000 francs par année au détriment des plus démunis en raison d’un malentendu? On assiste pour le moins à un dialogue de sourds entre les membres de la Commission des finances du Grand Conseil et la Fédération genevoise de coopération. Pour Renaud Gautier, député libéral-radical, la raison de la réduction du budget est simple: «Cela fait quatre ans que la commission demande à la FGC qu’elle nous fournisse des audits des projets qu’elle finance. Et nous n’avons toujours rien. Il y a un vrai problème de transparence», déplore-t-il.De son côté, la FGC assure avoir toujours remis les audits sur ses activités au Bureau de la solidarité internationale du canton (lire ci-dessus) et disposer d’audits indépendants de tous les projets de ses associations membres, disponibles sur simple demande. Maribel Rodriguez ne trouve pas de trace écrite dans les archives de la FGC d’une requête des élus en vue d’obtenir ces audits. Renaud Gautier assure de son côté avoir requis ses documents au Bureau de la solidarité internationale sans les avoir reçus.

 

 

Une affirmation contredite par François Longchamp, président du Conseil d’Etat, de qui dépend ce bureau: «Tous les éléments que les députés de la commission des finances ont réclamé sur ce sujet leur ont été transmis par mes services. Si la commission désire des informations complémentaires, qu’elle les demande!» ajoute-t-il. Le conseiller d’Etat libéral-radical confirme que la procédure de transmission de l’information a été respectée par la FGC. Il incombe effectivement au Département concerné de l’Etat de fournir les documents requis aux députés, et non à la FGC elle-même. CKR.

 

 

Maribel Rodriguez

Secrétaire générale de la FGC

 

@SeCoDev, Service Cooperation au Développement en Afrique, en Amérique Latine et en Asie